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La souffrance psychique et le transfert

Par M. Pierre Delion, un extrait d'un écrit traitant de la souffrance psychique et du transfert, expliquant ainsi le travail entre le psychologue clinicien et son patient.

 

 

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La souffrance psychique, quand elle n’est pas trop débordante, peut, à l’instar de l’angoisse, être le signe qu’il faut faire quelque chose pour soi-même ou pour son enfant, si c’est celui-ci qui souffre. Parfois, parler avec un ami ou un proche peut suffire à prendre du recul  par rapport au problème rencontré. Mais, dans d’autres cas, il peut être intéressant de rencontrer un « psychiste » pour avancer avec l’aide de professionnels dans le cadre d’une relation suivie dans la durée. C’est toujours le phénomène du « transfert » qui est à l’oeuvre dans les relations instaurées entre celui qui souffre psychiquement et son psychiste. Saint Exupéry, dans son fameux récit Le Petit Prince, a donné une allégorie qui sied parfaitement à ce processus de nouage-dénouage de la relation transférentielle.


« S’il te plaît, apprivoise-moi, dit le renard.
- Qu’est-ce que signifie « apprivoiser » ? demande le Petit Prince.
- Apprivoiser, c’est une chose trop oubliée, ça signifie « créer des liens », dit le renard. (…) Tu n’es encore pour moi qu’un petit garçon tout semblable à cent mille petits garçons. Et je n’ai pas besoin de toi. Et tu n’as pas besoin de moi non plus. Je ne suis pour toi qu’un renard semblable à cent mille renards. Mais si tu m’apprivoises, nous aurons besoin l’un de l’autre. Tu seras pour moi unique au monde. Je serai pour toi unique au monde.… »


Voilà une belle mise en perspective de la relation transférentielle.


« Que faut-il faire? dit le Petit Prince.
-Il faut être très patient, répond le renard. Tu t’assoiras d’abord un peu loin de moi, comme ça, dans l’herbe. Je te regarderai du coin de l’oeil et tu ne diras rien. Le langage est source de malentendus. Mais chaque jour tu pourras t’asseoir un peu plus près. »


Et c’est ainsi que le Petit Prince apprivoisa le renard. Mais au moment de la séparation, il se pose une question sur l’intérêt de cette rencontre : est-ce que cette relation n’est pas plus aliénante que libératrice ? Est-ce que je peux partir sans souffrances ? Est-ce que tu ne m’as pas plutôt lié à toi d’une façon définitive ?


« Et quand l’heure du départ fut proche :
- Ah ! dit le renard…Je pleurerai.
- C’est ta faute, dit le Petit Prince, je ne souhaitais point te faire de mal, mais tu as voulu que je t’apprivoise…
- Bien sûr, dit le renard.
- Mais tu vas pleurer ! dit le Petit Prince.
- Bien sûr dit le renard.
- Alors tu n’y gagnes rien !
- J’y gagne, dit le renard, à cause de la couleur du blé. »


Cette magnifique fable de Saint Exupéry permet de comprendre que la séparation est douloureuse mais supportable : je supporterai la séparation car la couleur des blés me rappellera la couleur de tes cheveux. Autrement dit, la représentation que je conserverai de toi en moi me permettra de supporter ton absence. La relation transférentielle ne vaut que parce qu’elle va donner accès aux personnages de notre monde interne, ceux de notre enfance, par leur actualisation dans la rencontre. Les processus de transformation (qu’on appelle aussi sublimation) vont entrer en travail pour donner du sens à nos représentations enfouies et aux souffrances psychiques occasionnées par toutes les séparations inévitables qu’un enfant doit traverser.
« La relation problématique que tu as entretenue avec ta rose sur ta planète d’origine va devenir l’objet d’un travail lors de nos rencontres, et peut-être en comprendras-tu quelque chose qui jusqu’alors t’avait échappé… » pourrait proposer au petit prince le renard devenu psychiste.
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